jeudi 10 août 2017

De sinistre mémoire - Jacques Saussey

présentation de l'éditeur ( french Pulp) - Policier


Deux jeunes trouvent la mort à Paris, victimes d'un tueur qui leur injecte de l'héroïne pure. Deux SDF subissent également un sort funeste dans les sous-sols de la gare de Lyon. La copie d'une lettre codée ancienne va parvenir à la police, et la mettre sur la trace d'une vieille histoire qui trouve sa source en Bretagne, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le capitaine Daniel Magne et la jeune APJ Lisa Heslin vont tâcher de remonter dans le temps pour démêler l'affaire... mais celui qu'ils traquent est-il le vrai coupable, ou également une victime ?





C'est un policier passionnant que je viens de finir. Une nouvelle perle qui arrive ici à renouveler le genre et à me surprendre par la subtilité des enquêtes et la recherche de mises en scène élaborées. La dédicace de l’auteur contient le fin mot de l’histoire car tout réside dans une vengeance, elle se déguste longuement et froidement pour les acteurs de cet opus ! 

Je n'en dirais pas plus sur l’affaire car le brio de ce livre tient aussi dans un suspens maitrisé, il ne s’agit pas forcément d’action trépidante, même s’il y a de très bonnes scènes, mais c'est surtout l'approche psychologique qui est bien décrite et qui montre ce qui peut mener un homme au bout de son destin et de sa vengeance. Le tout rondement mené grâce à une écriture simple mais qui galvanise ...


Le cadre historique est particulièrement bien exploité, c’est une facette de notre histoire de France, avec l’occupation de nos campagnes pendant la seconde guerre mondiale, qui est abordée. Il y a de la matière et les souvenirs de certaines monstruosités commises à cette époque sont encore bien présentes dans le souvenir et la mémoire de certains. 

L'enquête est un peu longue à se mettre en place car les premiers meurtres ne nous renseignent pas du tout sur les motivations du tueur, mais quand tout commence à se mettre en place, la révélation est surprenante, et sans excuser la vengeance, ni les nombreux meurtres inutiles, on peut compatir et essayer de comprendre ces actes de désespoir. 

On redécouvre aussi cette formidable machine Enigma, notons l'excellent film Imitation Game qui s'appuie sur la biographie d'Alan Turing, et qui m'est aussitôt revenu en mémoire en lisant ce roman.

J'ai appris à connaître le capitaine Daniel Magne, son équipe d’intervention et la jeune Lisa Heslin qui après une absence justifiée (apparemment, il faut que je me procure le tout premier « colère noire », elle aurait été gravement blessé lors de leur dernière enquête) reprend doucement du service. Leurs histoires personnelles s'entremêlent, les sentiments et leurs devoirs aussi. Des personnages attachants, parfois paumés mais qui s'accrochent, et leur acharnement à découvrir la véritable identité du tueur en série va se révéler payante au fur et à mesure, les pistes se brouillent à souhait, et la fin est émouvante et attendue sans l'être .... 


Bref, Mr Saussay compte une fan supplémentaire, la suite est au programme ...












     La machine Enigma


Été 1940. La guerre semble avoir choisi son camp. La Pologne, la France ont capitulé. La Grande-Bretagne résiste, mais elle dépend, pour la moitié à peu près de son approvisionnement en matières premières, des importations maritimes. Or, dans les mers, les sous-marins allemands, les redoutables U-Boot, font régner la terreur, coulant de nombreux navires. Ils attaquent de nuit, en meutes. Pour leur coordination tactique, ils échangent de nombreux messages radios, avec le commandement à terre. Ces messages sont cryptés à l'aide d'une remarquable machine, l'Enigma.
L'Enigma est une machine à chiffrer inventée initialement par Arthur Scherbius et Richard Ritter en 1918.

L'armée allemande, qui sait l'importance du renseignement dans les conflits modernes, se dote alors massivement d'une version militaire de cette machine. Elle se présente sous la forme d'une caisse en bois de 34×28×15 cm, et pèse une douzaine de kilos. Elle est composée
-d'un clavier alphabétique
-d'un tableau de connexion
-de 3 rotors mobiles à 26 positions
-d'un rotor renvoi à 26 positions (le réflecteur)
-d'un tableau de 26 ampoules correspondant aux 26 lettres de l'alphabet.


Le principe de fonctionnement de l'Enigma est à la fois simple et astucieux. A chaque fois que l'on presse une lettre, un circuit électrique est fermé, et s'éclaire une ampoule qui correspond à la lettre codée. Le circuit qui est fermé dépend de la position des rotors. A chaque lettre frappée, un ou plusieurs des rotors mobiles tourne, changeant la substitution qui sera opérée à la prochaine touche pressée. De plus, le chiffrage est réversible : si en tapant A vous codez D, si vous aviez tapé D, vous auriez codé A. Ainsi, si le commandement allemand et le sous-marin ont le même réglage de départ, il suffit à l'opérateur du sous-marin de taper directement le message codé pour obtenir le message clair. Les Allemands avaient donc diffusé dans leurs services des carnets de code permettant de réactualiser chaque jour à minuit les machines, par la position initiale des rotors. Ces carnets de code étaient valables un mois. Le nombre de clés est gigantesque et les allemands ont une confiance totale en la machine Enigma, dont ils fabriqueront 100.000 exemplaires. Au su et au vu de tous, ils s'échangeront des communications radios cryptées, persuadés que jamais les Alliés ne les comprendraient.

C'est d'abord une trahison qui va aider les Polonais, celle de Hans-Thilo Schmidt. Il est le frère de Rudolph Schmidt, qui est à la tête du corps des signaux de l'armée allemande et est celui qui a imposé la machine Enigma. Ayant des ressentiments envers son frère et la patrie, Hans-Thilo Schmidt vend en novembre 1931 à un agent secret français du nom de Rex les plans de la version militaire d'Enigma. Ceux-ci firent un travail remarquable, initié notamment par le jeune mathématicien (23 ans) Marian Rejewski. En comparant les messages envoyés le même jour, il parvient à reconstituer les rotors utilisés dans la version militaire de l'Enigma, et à en fabriquer une copie. Grâce à un travail collectif supplémentaire d'une année, un bureau fit le tableau des positions initiales, et une machine automatisée, baptisée "La Bombe", permettait d'automatiser le déchiffrement. Ainsi, vers le milieu des années 1930, la Pologne dispose de méthodes pour déchiffrer les messages allemands.
En 1938, les allemands changent le protocole d'envoi de leurs messages, et surtout, ils font passer de 3 à 5 le nombre de rotors de leurs Enigma. La Pologne perd le contact. Devant la gravité de la situation internationale, les Polonais font parvenir aux Anglais et aux Français en 1939 une Enigma, ainsi que l'ensemble de leurs découvertes.

Les Anglais ont compris assez tard l'intérêt de la machine Enigma. En 1939, le service du chiffre décide de s'éloigner de Londres, et des futurs bombardements, pour s'installer, en toute discrétion, au manoir de Bletchley Park, dans la paisible campagne à 60km au nord-ouest de Londres. Devant l'urgence de la situation, les meilleurs mathématiciens, linguistes, et même joueurs d'échecs sont appelés à Bletchley Park, où plusieurs milliers de personnes se cotoieront.

Parmi elles, Alan Türing, un logicien et mathématicien, qui, quelques années plus tôt, a conçu une machine universelle qui formalise la notion d'algorithme et est le précurseur des ordinateurs modernes. Il conçoit une nouvelle machine automatique, inspirée de la Bombe polonaise, pour déchiffrer les messages allemands. Les Anglais parachutèrent aussi des mines afin que les sous-marins allemands signalent la présence de ses mines dans leur message. Ainsi, la présence de ce mot probable aidait au déchiffrement. Les progès sont alors considérables. Du premier au second semestre 1941, le tonnage coulé chute de moitié (de 2,9 millions de tonnes à 1,4 millions).

En février 1942, une nouvelle version de la machine Enigma est mise en service, provoquant un nouveau trou noir dans le décryptage des messages. Grâce à des documents récupérés sur un sous-marin allemand, et à l'aide technique des Etats-Unis, Bletchley Park retrouve mi 1943, toujours sous l'impulsion de Türing, la faculté de décrypter les messages allemands. En 1944, le premier ordinateur de l'histoire, le Colossus, leur garantira une puissance de calcul suffisante jusqu'à la fin de la guerre : la bataille de l'Atlantique est gagnée! Cela, d'autant que les allemands ne se douteront jamais que leurs messages sont décryptés.

Le travail d'Alan Türing pour déchiffrer les messages allemands a profondément changé le cours de la seconde guerre mondiale. Plusieurs centaines de navires, leur équipage et leur cargaison, furent sauvés. Le débarquement de l'été 1944 a pu être préparé en toute sérénité... Grâce au génie d'un mathématicien !

source : http://www.bibmath.net/crypto/



6 commentaires:

  1. Un auteur qui est dans ma PAL et qui me reste à découvrir.
    Merci pour ta participation.

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    1. De rien Sharon, oui pour moi aussi c'était encore une découverte ! et une bonne ! Merci de ton passage ! ;)

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  2. Je ne connaissais pas du tout, mais si tu recommandes, ça ne peut que m'intéresser !

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    1. J'étais persuadée que tu connaissais Jacques Saussey ! si ce n'est fait ca mérite le détour !

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  3. oh benedict Cumberbatch! j'adore cet acteur. Il a l'air bien ton livre. Vais me le noter

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    1. Toi qui est passionné d'histoire ! je pense que ça pourrait vraiment te plaire. En tous les cas, le film est très bon ! ;)

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