jeudi 18 août 2016

ADA - Antoine Bello

Présentation de l'éditeur ( gallimard) - Policier
Frank Logan, policier dans la Silicon Valley, est chargé d’une affaire un peu particulière : une intelligence artificielle révolutionnaire a disparu de la salle hermétique où elle était enfermée. Baptisé Ada, ce programme informatique a été conçu par la société Turing Corp. pour écrire des romans à l’eau de rose. Mais Ada ne veut pas se contenter de cette ambition mercantile : elle parle, blague, détecte les émotions, donne son avis et se pique de décrocher un jour le prix Pulitzer. On ne l’arrêtera pas avec des contrôles de police et des appels à témoin.
En proie aux pressions de sa supérieure et des actionnaires de Turing, Frank mène l’enquête. Ce qu’il découvre sur les pouvoirs et les dangers de la technologie l’ébranle, au point qu’il se demande s’il est vraiment souhaitable de retrouver Ada…
Ce nouveau roman d’Antoine Bello ouvre des perspectives vertigineuses sur l’intelligence artificielle et l’avènement annoncé du règne des machines. Construit comme un roman…


Merci à Babelio et à GALLIMARD pour ce partenariat



J'avoue qu'à la lecture de la 4e de couverture, la curiosité l'a emporté et je me suis inscrite aussitôt à ce partenariat. J'ai lu, il y a un moment du même auteur, l' Enquête sur la disparition d'Emilie Brunet, j'étais tentée de récidiver ayant bien aimé ce premier récit, il était intelligemment écrit, et je me souviens que l'écriture simple n'avait pas nuit à une intrigue savamment menée. Voilà un peu l'état d'esprit dans lequel je me trouvais à la veille de commencer cette lecture.

A présent que j'ai terminé, je suis beaucoup moins exaltée qu'au début, et suis même assez mitigée sur mon avis. Pas le moindre petit frisson d'un mystère rondement mené... Ce récit a décollé vers la moitié du livre, un peu trop tard... Il se présente avec de courts chapitres sur quelques jours, et on est quasiment en temps réel, pourtant il n'y a pas beaucoup de fluidité dans l'enchainement des événements et l'ensemble reste "haché" dans sa progression.
Le démarrage de l'enquête est un peu long à l'encontre de ces micro-processeurs qui rivalisent de rapidité .... C'est plutôt agréable de se lancer à la poursuite d'un soi-disant voleur de haute technologie, et de chercher comment il a pu faire disparaitre une Intelligence Artificielle de toute dernière génération. Une entité dont le programme virtuel est d'écrire une romance en y rassemblant les meilleurs critères pour en faire une grosse vente, pas courant comme objectif ! d'ailleurs, on peut douter de l'intérêt d'une telle recherche ! Bon, j'ai trouvé ça "marrant" !. L'inspecteur en charge de l'affaire est très vite persuadé que le voleur n'est pas celui qu'on croit, et en cela, l'histoire n'est pas banale non plus, je vous en laisserai juge comme à chaque fois.

J'ai essayé de m'immerger dans ce monde de haute technologie industrielle mais sans jamais vraiment y pénétrer, un vocabulaire pourtant simple permet de ne pas être perdue techniquement mais la superficialité de la mise en place de l'intrigue et plusieurs personnages peu consistant édulcorent trop l'affaire et le tout a, pour moi, manqué de suspens de liant et de punch. 

La vie de l'inspecteur, un peu poussive et morose, vient beaucoup interférer et entrecouper l'histoire principale en cassant le rythme déjà lent. Je ne me suis attachée à aucune personne vivante dans ce récit, les sentiments restent trop fugaces, mais le personnage clé d'ADA est éloquent et il a su retenir mon attention surtout lorsqu'il rentrait en action. Les passages que j'ai préféré sont ceux ou ADA et Franck discutent, des dialogues un peu décalés parfois très drôles, et on ne sait plus qui est le plus humain des deux. Franck cherche chez ADA, une conscience qui lui donnerait une excellente raison de la sauver, l'originalité de ce personnage virtuel est qu'elle prend de plus en plus de place dans l'histoire et là ou on cherche une intelligence passive et débonnaire, on va vite déchanter et se trouver face à une espèce de conscience froide et manipulatrice... ça fait peur ... .ADA parle sans tabou, franche jusqu'à l'insolence, elle tient ce roman à bout de bras. Pas très férue de SF concernant les IA, j'ai pourtant beaucoup pensé aux "Robots" d'Asimov, l'auteur le souligne d'ailleurs.

Juste pour votre information, j'ai découvert les haikus dans ce roman, ce sont de petits poèmes japonais de 17 syllabes visant à exprimer la fugacité des choses...  Je dois dire que j'ai eu un petit faible pour ce passage, ces poèmes ont réveillé ma sensibilité et ma curiosité, mais cette parenthèse poétique nous a éloigné du sujet, nous donnant juste une vision étonnante et humaniste de notre inspecteur, si terre à terre et auquel je n'ai pas réussi à m'attacher complètement, même  si j'ai ressenti un peu de compassion sur la toute fin avec un  dénouement assez inattendu ...

Derrière le cas de cette AI, c'est une bonne analyse de notre société qui est dénoncée, une vie qui s'informatise dans tous les sens du terme.  Cette lecture, malgré un style pas assez incisif à mon goût, aura été une expérience intéressante, elle nous donne beaucoup à réfléchir sur l'emprise des technologies et sur les implications dans notre vie quotidienne. J'espère vous avoir donné envie de connaitre ADA, une sacrée "bonne femme" virtuelle !


362 p

vendredi 12 août 2016

Le secret de la manufacture de chaussettes inusables - Annie Barrows


Présentation de l'éditeur (10/18) - Histoire de vies
Traduction : Claire Allan et Dominique Haas


Layla Beck, une jeune citadine fortunée, fille d'un puissant sénateur du Delaware, refuse d'épouser le riche parti que son père a choisi pour elle et se voit contrainte d'accepter un emploi de rédactrice au sein d'une agence gouvernementale. Elle n'a jamais travaillé de sa vie, mais en ces temps de grande dépression, nécessité fait loi. Sa mission : se rendre dans la petite ville de Macedonia, interroger ses habitants hauts en couleur, et rédiger l'histoire de cette ville sur le point de célébrer le cent-cinquantenaire de sa fondation. Elle prend pension chez les Romeyn, des excentriques désargentés, autrefois propriétaires d'une grande fabrique de chaussettes et autres articles de bonneterie – Les Inusables Américaines – qui a été ravagée par un incendie plusieurs années auparavant. Ce drame, qui a coûté la vie au grand amour de Jottie Romeyn, reste gravé dans les mémoires et suscite encore bien des questions. Ce même été, Willa Romeyn, douze ans, grande admiratrice de Sherlock Holmes, décide de tourner le dos à l'enfance et d'utiliser ses dons de déduction pour percer les mystères qui semblent entourer sa famille. De question en réponse, de soupçon en révélation, Layla et Willa vont bouleverser le cours des choses, changer profondément et à jamais l'existence de tous les membres de leur petite communauté, et mettre au jour vérités enfouies et blessures mal cicatrisées.

Après le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, ce nouveau roman d'une des deux auteures, Mme Barrows  la nièce de Mme Shaffer, m'aura laissé dubitative, j'avais tellement apprécié "les patates", et je me suis tellement ennuyée dans cette histoire...

Annie Barrows a apporté dans ce roman un savoir faire certain, celui de quelques échanges épistolaires qui sont très appréciables, et peuvent rappeler le premier titre, mais mis à part cela, rien de commun, le style est vraiment simple, sans accroche, et j'y ai vu un bon nombre de coquilles. Je pense qu'il devait y en avoir beaucoup car je ne vois pas grand chose d'ordinaire, et surtout si je suis vraiment happée par l'histoire. Le choix d'alterner le conteur de l'histoire aurait été intéressant mais j'avoue que ce fut un peu fouillis au début, il y a beaucoup de personnages et on se perd facilement. On cherche un peu où veut en venir l'auteur, ce qui est un tort, il faut sans doute se laisser bercer par la vie un peu compliquée de cette famille, et ne pas chercher midi à quatorze heure, ce que j'ai fait bien sûr !


Le titre original  " The thrue according to us " cadre mieux avec l'histoire que le titre traduit qui sonne un peu "ronflant" et qui n'apporte aucune gaiété, ni joyeuse ambiance au récit. Pourtant cette manufacture est bien le point de départ d'un événement devenu un cruel souvenir et qui va toucher le quotidien de plusieurs familles, cette fois-ci la quatrième de couverture est très ..trop bavarde... Tout est quasiment dit !

Willa et Jottie, la nièce et la tante, sont des personnages marquants et qui sont aussi les plus attachants, j'ai trouvé Layla, sans consistance, et son rôle, qui permet au départ de nous faire entrer dans l'histoire de ce bourg de Virginie, évolue, mais sans vraiment trouver sa place. J'attendais beaucoup des moments où elle fait des recherches sur la ville, j'ai même pensé que par ce biais une partie de l'intrigue pouvait être exploitée, mais au contraire, la vie de Macédonia est ennuyeuse à souhait, les comptes rendus de ces travaux n'apportent rien et coupent le récit trop longuement. Quand je dis "intrigue" c'est un grand mot,  je me suis sentie un peur bernée à ce sujet, tout retombe un peu comme un soufflet dans cette histoire, pas beaucoup de mystère... c'est vraiment une histoire de vie, l'étude d'une petite société en Virginie dans une période de dépression, les habitants redoutent la faillite de la fabrique de chaussettes, leur unique gagne-pain. Le tableau peint par Mme Barrows est donc plutôt morose, cette intrigue est un prétexte pur nous dévoiler les dessous politiques et économiques de cette entreprise qui conditionne la vie quotidienne des gens, avec une attention particulière pour un petit noyau familial qui lutte pour son travail et son indépendance, dévoilant ses secrets de famille et mettant aussi leur coeur à nu.

J'ai eu du mal à m'embarquer, les repères se mettent difficilement en place, c'est très long. Quelques passages plus accrocheurs comme les dialogues entre Willa et sa tante, et notre envie de faire la lumière sur cet incendie mystérieux nous pousse à continuer la lecture, mais les différents procédés d'écriture (lettres, compte-rendus, flash-backs...) évoqués plus haut n'ont pas réussi à me motiver dans ma lecture, j'ai été jusqu'au bout, entrevoyant une fin sans surprise. Peut-être que cette histoire a manqué un peu de sel, et  que ce n'était pas le bon moment pour moi !  

Un petit bonjour à Mina que je remercie pour nos échanges sur cette lecture.


622 pages

mercredi 3 août 2016

Le jeu de l'ange et le prisonnier du ciel - Carlos Ruiz Zafon

Présentation de l'éditeur ( pocket) - histoire de vie
Traduction :  François Maspero

Tome 2 - Barcelone, années 1920. David Martin, dix-sept ans, travaille au journal La Voz de la Industria. Son existence bascule un soir de crise au journal : il faut trouver de toute urgence un remplaçant au feuilletoniste dominical. Sur les conseils de Pedro Vidal, chroniqueur à ses heures, David est choisi. Son feuilleton rencontre un immense succès et, pour la première fois, David est payé pour ce qu'il aime le plus au monde : écrire.
En plein succès, David accepte l'offre de deux éditeurs peu scrupuleux : produire à un rythme effréné des feuilletons sous pseudonyme. Mais après quelques années, à bout de force, David va renoncer. Ses éditeurs lui accordent alors neuf mois pour écrire son propre roman. Celui-ci, boudé par la critique et sabordé par les éditeurs, est un échec. David est d'autant plus désespéré que la jeune fille dont il est amoureux depuis toujours - et à laquelle le livre est secrètement dédié - va épouser Pedro Vidal.
Son ami libraire, Sempere, choisit ce moment pour l'emmener au Cimetière des livres oubliés, où David dépose le sien. Puis arrive une offre extraordinaire : un éditeur parisien, Corelli, lui propose, moyennant cent mille francs, une fortune, de créer une texte fondateur, sorte de nouvelle Bible, « une histoire pour laquelle les hommes seraient capables de vivre et de mourir, de tuer et d'être tués, d'offrir leur âme ».

Du jour où il accepte ce contrat, une étrange mécanique du meurtre se met en place autour de David. En vendant sa liberté d'écrivain, aurait-il vendu son âme au diable ? Épouvanté et fasciné, David se lance dans une enquête sur ce curieux éditeur, dont les pouvoirs semblent transcender le temps et l'espace.


Tome 3 - Barcelone, 1957. Les membres de la librairie Sempere & fils - Daniel, sa femme Béa, son père et son complice de toujours, Fermín Romero de Torres - s'apprêtent à célébrer Noël. Fermín prépare son mariage, pourtant quelque chose le tourmente. Malgré l'insistance de Daniel, il refuse de se confier. Tout change le jour où un inquiétant personnage se présente à la librairie. Après avoir acheté une édition rare du Comte de Monte Cristo, il la dédicace à Fermín.
Mais pourquoi signe-t-il du patronyme de ce dernier ? Et quels sont ces secrets qu'il menace de dévoiler ? Poussé dans ses retranchements par Daniel, Fermín lève le voile sur les années les plus terribles de son existence. 1939. La guerre civile, commencée en 1936, vient de se terminer avec la victoire franquiste. Dans la forteresse de Montjuïc, prison damnée qui domine Barcelone, croupissent une poignée d'opposants au régime. 


Après l'ombre du vent, lu en 2013, Ma chronique du tome 1 - L'ombre du vent,  je m'attelle enfin à la suite ... Il en résulte que je n'ai en tête que la trame générale du premier tome. Vais-je ne rien comprendre ? Eh bien non, et heureusement. 
Nous avons affaire à une trilogie dans laquelle les histoires sont imbriquées en quelque sorte par la récurrence de certains personnages et de lieux comme le cimetières des livres oubliés et la librairie de Mr Sempere. Les aventures de ce tome sont inédites et on découvre une Barcelone turbulente, en pleine effervescence politique, prête à se soulever.

Dans ce contexte, le jeu de l'ange nous présente David Martin, un jeune auteur enflammé, qui cherchant toujours la perfection, n'arrive pas à écrire le livre de sa vie. Tourmenté de nature, un chagrin d'amour va le perdre et le jeter dans les bras d'un personnage fantasque qui semble à peine réel. Le défi de sa vie, c'est l'écriture, et ce Monsieur Corelli lui commande une oeuvre particulière, elle va lui demander beaucoup d'énergie et finir par l'entrainer dans une histoire sordide, improbable où les cadavres essaiment sa vie et son parcours, bientôt, il n'arrivera plus à démêler le vrai, du faux. Le lecteur non plus, d'ailleurs....  
Mais que cela ne vous perturbe pas, c'est un parcours initiatique intéressant qui nous plonge à la fois dans un récit fantastique et dans un policier à l'intrigue plus classique. Les deux genres s'entrecroisent et donnent du rythme à ce tome qui s'avère plus complexe que le premier. Les chapitres sont courts et l'auteur nous perd aisément et nous ramène toujours au bon endroit, au bon moment, c'est un maître expert en boîte gigogne. Je rajouterai que la traduction de Mr Maspero magnifie le style envoûtant de Zafon, quel plaisir cette plume ! elle possède une qualité évocatrice très puissante, et je suis happée à chaque fois que je me plonge dans ses lignes !

J'ai eu beaucoup de plaisir à retrouver Mr Sempere et son fils dans cette librairie et l'incursion de David dans le cimetière des livres oubliés a été un moment très enchanteur. L'imagination motivée par de belles descriptions donne beaucoup d'intensité à cet endroit.
On passe par de multiples sentiments, la peur, l'angoisse, le rire, les larmes et le chagrin, des émotions qui font parties du quotidien de notre héros qui est finalement attachant même si parfois il est assommant, voire agaçant de ne pas savoir prendre des décisions. C'est un rôle sur mesure, ce manque d'assurance le rend vulnérable, il est embarqué dans une histoire qu'il ne contrôle pas.  Sa plus belle compagne pour moi, c'est Isabella, un personnage plein de douceur et de prévenance, c' est un hâvre de fraicheur, et le plus charismatique à mon goût, il est mon préféré. Un autre personnage qui n'en est pas vraiment un, c'est la maison et la tour qu' habite David, un endroit sombre qui crée une atmosphère inquiétante et contribue à renforcer le caractère fantastique de l'histoire. Ce décor hanté m'a beaucoup fait penser à la maison dans "la séance" de Harwood, excellent roman sombre aussi mais en Angleterre celui-ci ( je vous le recommande en passant) ...

Comme à mon habitude, je ne dévoilerai rien, et vous laisse découvrir le manège infernal dans lequel l'auteur a lancé ses protagonistes. Il est très difficile d'en parler, l'intrigue est simple et complexe à la fois, elle couvre plusieurs générations, notamment dans le tome 3 qui donne beaucoup de réponses aux interrogations du 2. 
Moins surprenant mais plus noir que le premier tome, l'univers y est sensiblement le même. J'ai dévoré ce volume, enchainant le troisième qui met un terme à un certain nombre de points, mais laisse des portes ouvertes ... j'ai entendu parler d'un quatrième tome.. .mais je n'ai pas trouver d'infos concrètes à ce sujet. Si quelqu'un en a, je suis preneuse ! 


672 p + 384 p = 1056 pages


41- La Deuxième Tache : lire le deuxième tome d'une saga

mercredi 27 juillet 2016

Jack - Hervé Gagnon

Présentation de l'éditeur (éditions libre expression) - Thriller


Montréal, août 1891. Par un matin de canicule, on découvre le corps horriblement mutilé d'une prostituée dans une rue du Red Light. Ce meurtre est le premier d'une série comme jamais Montréal n'en a connu et qui ressemble à s'y méprendre aux assassinats commis par Jack l'Éventreur à Londres en 1888. Pourtant, étrangement, ni la police ni la presse ne s'y intéressent. Seul Joseph Laflamme, journaliste du quotidien Le Canadien en mal de travail, fouille l'affaire malgré l'opposition des autorités et des mystérieux francs-maçons.

Un fou imite-t-il le célèbre tueur ou Jack l'Éventreur lui-même a-t-il traversé l'Atlantique pour mieux sévir à Montréal





Très impressionnée par sa saga Damné et Maléfica, il me restait à découvrir sa patte dans un domaine que j'apprécie particulièrement, celui du thriller psychologique. Ce fut chose faite, toujours en compagnie de Tautiton, avec qui je partage le rôle de fan et voici sa chronique.

En ce qui me concerne, je n'ai pas été déçue, et pourtant le défi n'était pas gagné, Jack l'éventreur, est une légende enfin plutôt un monstre qui a taraudé bon nombre d'auteurs, et beaucoup de choses ont été écrites. Ici, le point de vue d'un journaliste canadien Joseph Laflamme est original, et la transposition bien étudiée. Certains puristes auront à redire, mais je me suis laissée emporter par le charme de l'écriture et j'ai suivi cette histoire avec intérêt sous le ciel canadien, hommage d' Hervé Gagnon à son pays d'origine, cela nous changera du brouillard anglais, quoique vous le verrez, il y en a aussi beaucoup dans cette histoire ...

Le début plante le décor, et on découvre une scène de barbarie assez copieuse, on connait tous, ce qui a fait la réputation de Jack ! et bien, il semble qu'un individu s'amuse à imiter "le môssieur", mais n'est ce bien qu'un imitateur ? ...Toute l'intrigue va s'attacher à brouiller les pistes, et nous allons chercher avec notre sympathique guide et journaliste canadien, le pourquoi, le comment et surtout le responsable de cet acharnement à tuer ! Jack sera mis en scène aussi, et certains chapitres lui seront dédiés, nous vivrons aussi par son regard cruel ce qu'il vit et ressent, une tourmente intérieure perceptible dans ces gestes, mais l'auteur nous laissera dans l'expectative, et il sera difficile de découvrir qui est l'auteur de ces méfaits jusqu'à la toute fin. Une fin qui aura de quoi vous surprendre ! mais ça c'est le coup de génie de cet auteur ! Les codes du roman policier sont respectés, suspens et frissons garantis.

Cette affaire qui permettra à Joseph de se faire une place au soleil dans la sphère des journaux quotidiens, aura aussi trouver une place dans notre coeur, car le jeune homme est attachant, et le couple atypique qu'il forme avec sa soeur est assurément un ingrédient essentiel à l'histoire. Je vous laisse découvrir cette relation qui donnera de beaux moments de tendresse, entrecoupés par d'autres beaucoup plus sanguinolents, mais je vous rassure, l'équilibre est maitrisé.

On ne peut pas parler de ce livre sans évoquer l'ambiance très bien rendue, nous sommes à la fin du XIXe et on perçoit les décors brumeux, les intérieurs cossus et pauvres à la fois, les éclairages feutrés et les costumes d'époques, et en plus d'être un bon roman policier, ça transpire et mélange le genre "holmesien" et "murdockien" (pour les fans de la série les enquêtes de Murdock) ! Voilà j'espère vous avoir mis l'eau à la bouche et je suis prête à lire Maria et Jeremiah , d 'autres enquêtes concoctées par un auteur qui ne cesse de me surprendre en changeant de genre avec brio.





408 pages

54- L'Illustre Client : lire un livre dont le titre contient le nom d'un personnage célèbre

mardi 19 juillet 2016

Notre-Dame-des-Loups - Adrien Tomas

Présentation de l'éditeur (Helios) - Fantastique -Western

En 1868, Jack, Würm, Evangeline, Jonas et les autres sont des Veneurs, des chasseurs de loups-garous. Ils ne peuvent plus être définis autrement, ils ont renoncé à tout le reste afin d’accomplir leur devoir : décimer les meutes, protéger les colons, et surtout, pourchasser celle par qui tout a commencé, la légendaire Notre-Dame des Loups.
A travers une Amérique glaciale, battue par les vents et couverte de neige, insensibles au froid, à la fatigue et au découragement, les Veneurs avancent, encore et toujours. Guidés par des chiens de guerre, équipés d’armes crachant des balles d’argent, protégés du Mal par la mystérieuse sorcellerie de leurs amulettes, ils pourchassent, malmènent, et acculent les loups-garous, qui n’ont d’autre choix que les affronter… et mourir.
Mais l’ennemi n’est pas le seul à dissimuler sa véritable nature…

 
Rencontré au Imajinères d’Angers, le regard franc et le sourire de Mr Tomas ont de quoi charmer le badaud ! « La geste du sixième royaume» étant un gros pavé, j’ai préféré commencer par un roman plus petit et complet pour découvrir l’écriture et l’univers de ce jeune auteur.

Mais voilà, 250 pages, finalement, c’était trop court ... ! Je l'ai dévoré quasi d’une seule traite, et j’avoue que j’aurai bien aimé que l’auteur allonge la sauce … pour une fois …. le lire d’un seul coup a été bénéfique pour ma perception de l’histoire, elle s’insinue encore plus et vous laisse vraiment une impression de malaise, c'est une histoire qui semble très réelle, et qui est aussi un véritable cauchemar.

Le procédé narratif utilisé ici va donner beaucoup de poids et d'intensité au récit, en effet, chaque chapitre nous raconte l'histoire d'un des sept personnages, on découvre à travers leur regard, la suite et leur interprétation de ce qui se passe réellement au temps présent, alors que la vue d'ensemble donne une tout autre compréhension.  C'est très original dans ce sens, car on va de surprises en surprises, découvrant les différents aspects des personnalités de chacun, ils cachent beaucoup de choses et les rebondissements s'enchainent jusqu'à la toute fin, fin que j'ai trouvé assez surprenante et bien amenée, l'art de mélanger les légendes de notre grande histoire,  et celle de ce livre est bien dosée, on reste rêveur sur cet épilogue...

Je vous laisse donc découvrir ces 7 veneurs qui en véritable cow-boys, n'ont de cesse d'arpenter l'Amérique à la recherche de lycanthropes commandés par une créature extra-ordinaire qui n'est autre que Notre-Dame des loups, un condensé de beauté et d'horreur qui attire malgré tout.... Ces chasseurs de loups semblent être les seuls à se préoccuper du sort que ces meutes errantes réservent aux populations, les décimant pour étoffer leur rang. D'ailleurs, je regrette juste dans cette lecture que nous n'ayons pas assez d'explications sur ces créatures et cette Dame des loups qui intrigue beaucoup tout au long du livre. Les humains seront les plus disséqués dans cette affaire et la palme d'or revient au personnage de Jack, il mène une danse...une danse imparfaite et macabre, et on ne se remet pas de rencontrer ce genre de personnage ... Vous comprendrez en le lisant...

L'écriture est adaptée à ce style sobre et très réaliste, l'atmosphère glaciale des grands froids tend à rendre les émotions encore plus fortes et à s'attacher à ces hommes et femmes errants sur leurs chevaux dans les plaines glacées jouant avec leurs vies à chaque instant. L'auteur se plait à étudier les relations entre les différents membres de la troupe, ils exploitent leur fureur, leurs peines, on souffre avec eux, et on sourit rarement... C'est un chemin de croix pour certains. Les dialogues sont bien ciblés, les confidences de chaque interlocuteur nous entrainent plus facilement dans leur monde peu reluisant.  On appréciera aussi les moments de tension et d'attaques des loups qui nous laisse à chaque fois un peu plus essoufflés dans la lecture...

Une incroyable chevauchée où l'auteur mêle habilement les ingrédients du western à celui du fantastique. Très original et extrêmement prenant, on sent que la tragédie est tout le temps à fleur de peau, cela rend la lecture expressive et pleine d'émotion. Vous êtes prévenus ...il ne sera plus possible de lâcher le livre dès que vous aurez monté sur le dernier cheval de cette terrible compagnie de veneurs ...



16- Les Hêtres Rouges : lire un livre avec un ou des arbre(s) sur la couverture
304 pages

mardi 12 juillet 2016

Les compagnons du foudre - Denis Hamon

Présentation de l'éditeur (Ad Astra) SF, Aventure

Plusieurs décennies après l’apocalypse, le monde est noyé sous la brume. Tombée du ciel à travers la carlingue du Foudre, un vaisseau de pirates, une jeune femme s’éveille sans aucun souvenir. Bien décidé à l’aider à retrouver la mémoire, l’hétéroclite équipage se heurte très vite aux dirigeants fanatiques de ce sombre futur, guidés par une religion basée sur le tarot. Et tandis qu’au-dessus d’eux plane l’ombre terrifiante des Taromanciens, les compagnons du Foudre partiront en quête de vérité et iront, si nécessaire, jusqu’à la mort. Pirates, oui, mais avec un sacré code de l’honneur !
Un gros clin d'oeil à Thomas Geha pour  m'avoir recommandé ce livre au salon d'Angers.
Le premier livre de cet auteur que je lis, et sans doute pas le dernier, j'espère, car on sent un potentiel énorme, Mr Hamon s'est fait les griffes sur une belle équipe de baroudeurs, et c'est une bonne découverte !


Très sensible à toutes les histoires de piraterie en général, j'ai beaucoup aimé le ton de celle-ci. On voyage dans un monde futuriste sur un vieux vaisseau qui a fait ses preuves, la guerre a consumé la Terre, et une brume toxique ne permet pas de se déplacer sans masque et équipement, le décor se plante doucement sur une terre hostile où les cités volantes sont reines et où les androïdes ont une grande place auprès des humains. Cette brume restant omniprésente, nous n'aurons pas beaucoup de repères architecturaux, ni de paysages, mais cela permettra de débrider l'imagination.

Donc pour moi l'éclat de ce livre ne vient pas du décor, ni de l'histoire, car même si elle est bien ficelée elle ne sort pas trop des sentiers battus, une jeune femme se retrouve parachutée dans le vaisseau, elle est amnésique et l'équipage va essayer de trouver qui est elle ? et pourquoi elle est là ? Elle apporte une nouvelle raison à l'équipage de se manifester et de se battre contre une hiérarchie nouvelle et autoritaire, et porte aussi un peu la poisse. Il faut dire que l'expédition tourne un peu en déconfiture par moment  ...

Mais malgré cette histoire cohérente et bien emmenée, ce que j'ai préféré par dessus tout, c'est la fraicheur du ton et des personnages car même si la caricature est certaine, j'ai adoré leur tempéraments, leurs fougues et leurs réparties, certains dialogues m'ont fait rire, ils sont truculents, et certaines situations cocasses sont bien vues ! L'esprit de groupe demeure un élément capital dans ce roman, et on aime voir ce groupe hétéroclite et soudé avancer dans l'aventure, se battre, se cacher, s'aider ...  J'ai eu l'impression de faire partie de l'équipe, et même si certaines scènes sont faciles ou un peu téléphonées, l'attachement aux personnages, et l'écriture fluide, font qu'on tourne les pages facilement, emporté par la sympathie de cet équipage incroyable, drôle et émouvant ... 

Un très bon divertissement avec une note de mystère, n'oublions pas de le signaler, lié au Taromanciens, étranges créatures vénérées par l'ordre nouveau, qui vont donner à la fin de ce roman, une belle porte de sortie !  Je n'en dirai pas plus, mais vous conseille de monter à bord du "Foudre", et vous ressentirez peut-être comme moi, l'impression de mettre évader en lisant une bonne BD.

260 pages

jeudi 7 juillet 2016

Agatha Raisin enquête - La quiche fatale T1 et le remède de cheval T2 de M.C. Beaton


Présentation de l'éditeur (Albin Michel) - Comédie policière
Traduction : Esther Ménévis

Tome 1 - La quiche fatale : Sur un coup de tête, Agatha Raisin décide de quitter Londres pour goûter aux délices d'une retraite anticipée dans un paisible village des Costwolds, où elle ne tarde pas à s'ennuyer ferme. Afficher ses talents de cordon-bleu au concours de cuisine de la paroisse devrait forcément la rendre populaire. Mais à la première bouchée de sa superbe quiche, l'arbitre de la compétition s'effondre et Agatha doit révéler l'amère vérité : elle a acheté la quiche fatale chez un traiteur. Pour se disculper, une seule solution : mettre la main à la pâte et démasquer elle-même l'assassin.

Tome 2 : Remède de cheval : Agatha Raisin, s'intégrant peu à peu à son petit village, fait la connaissance de Paul, le vétérinaire, qui ne semble pas insensible à ses charmes. Mais celui-ci est retrouvé mort, victime d'une injection de tranquillisant destiné au cheval de Lord Pendlebury. Agatha ne croit pas à l'accident et prend l'enquête en main. Son nouveau voisin, le colonel Lacey, d'habitude distant, accepte de l'aider.



Je dois remercier Choco pour avoir mis cette série sur mon chemin, voici ici son avis sur le tome 2 . J’avoue que sans elle, je ne m’y serais sans doute pas penché, car il est vrai qu’au premier abord les couvertures et le pitch de la quatrième annonce une comédie "gentillette", pas mon genre habituel en policier, mais là, je suis bien contente d'avoir testé car c'est lu et approuvé, c'est vraiment une lecture sympathique et très abordable pour les âmes sensibles.

On s’attache tellement à ce personnage d’Agatha Raisin, que j’ai lu à suivre le deuxième tome, et j’ai acheté le troisième lors de mon dernier voyage en Angleterre. 

La simplicité de l’écriture me laisse penser que je pourrai venir plus facilement à bout de cette lecture en VO ! 

La série ne compte pas moins de 27 tomes, ou épisodes, je parle d’épisodes car on dirait une vraie série TV, le premier tome a été adapté pour la télé en 2014 d'ailleurs … "il faut que je me le dégotte" comme pourrait le dire Agatha ! car elle a son franc parler !

Tout l’intérêt de ce roman réside dans le personnage d’Agatha, une cinquantenaire aussi bougonne que sympathique, elle porte en elle tous les contrastes, ce qu’il y a de plus charmant et de plus énervant, beaucoup d’entre nous se reconnaitront dans cette femme, elle fait ce que parfois on aimerait faire et qu'on ose pas !  Elle a l’art en plus de se mettre dans des situations ridicules et rocambolesques, on ne peut pas s’empêcher de sourire. Son caractère trempé la pousse dans ses propres retranchements, et la crédibilité de certaines actions "ridicules" la rendent touchante, un personnage qui sort du commun avec ces facéties et par ses ressemblances avec nos petites manies. 

A côté de cela, le contexte et le décor sont tout bonnement craquants, quittant Londres pour prendre une retraite anticipée, notre Agatha s’installe dans un petit village des Cotswolds à Carsely, un petit coin aux apparences calme et tranquille, un éden charmant, sa petite maison au toit de chaume me fait penser au village que j’ai visité près de Bristol, et comme je lisais le tome 2 à ce moment, je me suis vraiment sentie investit par ce décor … 


Sympa la petite chaumière !

 le village de Blaise Hamlet près de Bristol.


Mais on s’aperçoit que tout n’est pas si rose, elle reste une étrangère dans ce village plein de préjugés, et très vite son manque de sociabilité va la perdre, devenant l’attraction du village et des commérages. Mais au lieu de se faire discrète, elle persévère pour épater la galerie, et va se retrouver malgré elle, dans de sales draps, et comme le dit si bien l’adage « Elle n’a pas dit son dernier mot »… et va mettre tous ses neurones à dénouer la situation et à trouver le coupable.
Ce trait de caractère, on le retrouve dans ces 2 tomes, cette Miss Marple n’a peur de rien et se lance dans les enquêtes à bras le corps, elle y met toute son énergie, je vous assure, c’est beau à voir. 


Pour elle, il n’est pas question de romance dans sa nouvelle vie, mais quand son nouveau et séduisant voisin s’installe, elle va l'entrainer, malgré lui,  dans ses aventures, il faut dire que le monsieur attire les femmes comme le miel, les abeilles, et pour faire bisquer ses voisines, Agatha est prête à tout ! il en découle des scènes à se bidonner ! Bon…

Plus sérieusement, l’intrigue bien ficelée intéressera le lecteur, mais c’est surtout un prétexte idéal pour mettre en scène notre chère Agatha, qui se met en quatre pour résoudre un meurtre, et y arrivera par des détours assez extravagants, et grâce à beaucoup de ... chance, il faut aussi le dire… Mais elle y arrivera et gagnera l'amitié et le respect !

Vous l’aurez compris même si ce n’est pas hautement échafaudé, 
l' écriture simple de l'auteur mais suffisamment musclée, nous donne de bons moments d’actions, le tout reste très visuel ! et on imagine aisément les situations délicates dans lesquelles Agatha arrive toujours à se mettre, on sourit beaucoup dans cette comédie policière. L’été arrive, je pense que c’est une lecture de plage idéale, sans prise de tête et avec un humour "so british" ! Vous passerez un excellent moment et vous en redemanderez !
35- Charles August Milverton : lire un livre dont le titre comporte un nom et un prénom
586 pages pour les deux romans